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Random, création 2026
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RANDOM, le carnet de création

n° 4 - janvier 26


éprouver, verbe transitif
1. Essayer (qqch.) pour vérifier la valeur, la qualité.
2. Apprécier, connaître par une expérience personnelle.

Dans toutes les créations, il y a ce moment vertigineux et grisant de la mise à l’épreuve. Ce moment où l’on passe de notes d’un cahier à l’essai concret, de l’imaginaire au réel, de la tambouille en équipe au partage à d’autres.
Une sorte d’initiation à son propre travail.
Une tentative décisive puisqu’elle déterminera la suite du processus.

Retour sur une joyeuse semaine de recherches au collège Jean Lurçat, à Frouard, avec le TGP.


photo : Emmanuel Bréfort

Résidence en collège

Depuis plus d’un an, nous cherchons, avec Clémence, l’autrice, la façon la plus juste de traduire dans un texte les intentions que j’avais au départ de RANDOM : partager avec le public une forme immersive qui l’invite à questionner ses choix, sa prise de décision. Il nous est vite paru évident que ce travail d’écriture devait être indissociable du dispositif, qu’il fallait en intégrer tous les paramètres, et se nourrir de toutes les possibilités dramaturgiques qu’il ouvrait.

écrire, donc, et remettre en question au fur et à mesure du travail.

Après une première étape à la table, en novembre dernier, au Vivat, et la prise en compte de nombreux retours, nous avons remanié les histoires de Victor et de Norah pour qu’elles cohabitent au mieux, pour que le choix entre ces deux récits soit une véritable décision, un acte réel de la part de chaque spectateur ou spectatrice.

C’est avec cette deuxième version de l’écriture que l’équipe est arrivée le 12 janvier au collège Jean Lurçat de Frouard, avec un objectif : faire se rencontrer le texte et le dispositif, et surtout les confronter à des adolescent·e·s.

Dès le départ du projet, j’avais à cœur de répéter en collège. Pour des raisons variées : pouvoir inviter des groupes pendant le travail, affiner celui-ci en tenant compte de leurs retours, mais aussi s’imprégner vraiment de leur quotidien, de leurs imaginaires, se synchroniser à elles et eux pour être au plus juste dans nos choix scéniques.

Lors des étapes de travail partagées avec des élèves, j’ai pu les observer prendre goût à l’expérience. Hésiter sur l’histoire à écouter, se laisser embarquer par les personnages, s’observer entre eux et parfois “se rejoindre” sur un canal. Se raconter mutuellement aussi, ce qu’ils avaient raté de l’autre histoire.

J’ai pu m’assurer que les deux récits étaient bien en concurrence, aussi attractifs l’un que l’autre. Que la langue et l’univers de chaque personnage les touchaient. Comprendre pourquoi, après s’être amusé·e à changer de canal plusieurs fois, chacun·e s’orientait plutôt vers Norah ou Victor. Ressentir sur quoi ça repose.

"Au bout d’un moment, j’avais plus envie de changer parce que j’avais envie de savoir la suite. J’étais attirée par Norah parce qu’elle était juste devant moi, mais je voulais rien rater de Victor." confie une élève. Bingo.


photo : Emmanuel Bréfort

Pendant ce temps là, dans les studios...

Un autre enjeu de cette résidence était de trouver un fonctionnement commun. Chaque création a sa propre méthodologie, c’est d’ailleurs quelque chose d’assez excitant à déterminer en tant que metteur en scène.

C’est particulièrement le cas pour RANDOM, au regard des nombreux éléments qui interviennent pour que l’expérience fonctionne bien : le texte, certes, mais aussi la proposition musicale, l’aspect technique, la finesse dans l’interprétation… Si un élément est mal calibré, l’ensemble est approximatif.

Nous avons donc saisi cette résidence pour expérimenter différentes logiques de travail pour la suite, et identifier un fonctionnement possible : de quoi ont besoin les interprètes dans leurs retours pour rester synchros ? Comment la régie peut-elle suivre deux itinéraires parallèles ? Quel est le meilleur matériel son pour que ça soit une expérience agréable dans les casques ? Comment on communique tous ensemble pendant que ça joue ?

La bande son sera omniprésente dans les casques. Elle crée presque une dépendance. Si on tente d’enlever son casque pour écouter les interprètes en direct, on a très vite envie de le remettre, tant le confort acoustique est agréable. Une sorte de réalité augmentée sonore. Une façon de répondre à toutes ces images dont on s’abreuve en permanence. Ici, c’est le son qui s’impose en vecteur principal. C’est lui qui ouvre notre imaginaire.

Discussion avec des élèves après un crash-test (nous répétons dans le foyer, éclairé au néon, entre les baby-foots, les fenêtres qui donnent sur la cour, les chaises d’école, et le lino premier prix) :
  - moi : Vous avez réussi à vous faire des images mentales ?
  - élève : J’étais plus du tout dans le foyer, mais je voyais trop Montpellier (lieu de vie de Victor)
  - moi : Mais tu y es déjà allé ?
  - élève : non.
Re-bingo.

J’ai choisi de confier la création de la musique à Aurélien Gainetdinoff et Baptiste Legros, du groupe lillois Yolande Bashing. Leur électro vintage, aux synthés addictifs, rappelle l’univers des séries. Elle cohabitera avec des atmosphères sonores plus illustratives. Cette bande son servira aussi à unifier l’expérience. Elle sera commune aux deux canaux pour adoucir le passage d’un personnage à l’autre. Une seule bande son “fil rouge” pour fluidifier l’expérience. Et ça marche.

“On pourrait presque fermer les yeux et se laisser porter” me dit quelqu’un.


Random

Extrait (travail en cours)

Pour découvrir un petit aperçu du travail en cours, nous partageons ce court extrait, enregistré pendant les répétitions. On y retrouve l'adresse et le naturel que je cherche avec les interprètes, le texte de Clémence et la façon dont la bande son accompagne notre écoute.


photo : Emmanuel Bréfort

C’était donc une semaine très fructueuse, de par le travail que je sens avancer dans la bonne direction, mais aussi de par les nombreux échanges que nous avons pu avoir, et qui viennent confirmer mes intuitions de départ. Un grand merci aux équipes du TGP de Frouard et du collège Jean Lurçat pour l’accueil formidable et enthousiaste. La prochaine étape, début mars, sera aussi en collège, à Méricourt, dans le Pas de Calais, en partenariat avec La Gare, centre culturel.

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